poussieredetoile

Lundi 31 juillet 2006
Juste un petit article pour lancer le blog. A l'heure où j'écris ces mots, je ne sais pas trop encore ce que va donner cette tentative d'écriture sur le net. Je me suis dit "pourquoi pas?". Donc ce blog sera juste un nouveau moyen de déverser le "trop plein" sous forme de coups de gueule, de petits textes, etc... Je ne vais pas prendre trop de risques pour le commencement de ce site, c'est pour cela que le prochain article sera le recopiage d'un de mes lointains poèmes (il doit bien avoir deux ou trois ans déjà... Une antiquité quoi ;-)!)
Par Petite fée
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Lundi 31 juillet 2006

Les branches au vert feuillage qui s'étiole
Sont comme autant d'âmes ligotées qui cherchent à s'enfuir
Pour échapper aux durs coups de fouet du dieu Eole
Qui, comme les violents pleurs du Ciel, le font tant souffrir.

Aujourd'hui, Zeus semble bien en colère
Au loin, on entend gronder le tonnerre
Voilà que le tambour bat la charge
Pour faire annoncer le bel orage.

La voûte céleste déchirée
Dans un éclair de lumière
Aux longues nervures violacées
Lâche des larmes de chimère.

Dans l'obscurité apparue
Se lèvre un brouillard ténu
Et, à travers ce transparent voile
L'Artiste peint sa nouvelle toile.

S'entrouvent les obscures ténèbres
Tandis que de blanc le noir se zèbre
Et laissent apparaître les terribles gouffres
Profonds, d'où s'échappe une odeur de soufre.

Comme un serpent qui se faufile
Des arabesques s'esquissent
L'unique oeil du Cyclope brille
Dans les cieux qui rougissent.

Du sol chaud montent des vapeurs
Qui semblent dissiper l'horreur
Honteux, l'Enfer, en catimini s'esquive
Passe l'Achéron et rejoint l'autre rive.

 

Note: Très bizarre de retomber sur ce texte. Honte également.

Par Petite fée
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Mardi 1 août 2006

Elle se promène dans une rue qu'elle ne reconnaît plus. Pourtant le nom lui dit bien quelque chose: la rue des saules... Un vague souvenir se ballade peut-être dans sa tête mais il s'enfuit aussi vite que les feuilles mortes emportées au loin par de soudaines rafales. Elle aime l'automne ou plutôt elle aimait l'automne mais aujourd'hui le ciel gris chargé de gros nuages prêts à crever et à répandre leur contenu froid sur son nouvel imperméable la dégoûte. Sans parler du vent qui s'infiltre dans les moindres recoins de son corps. La rue des saules, elle a dû l'aimer auparavant si ses lèvres le murmurent doucement et si ses oreilles ne sont pas totalement étrangères à sa sonorité. Pourtant, les grandes maisons toutes droites, carrées et aux façades de pierre blancheâtre salies par la pollution ne lui plaisent guère. Elles s'élancent comme des monstres à la bouche béante, aux yeux luisants guettant leur proie, se délectant à l'avance du misérable passant qui traînerait un peu trop longtemps dans cette rue. D'ailleurs, la voilà qui presse le pas, remontant d'un geste vif son col pour protéger son cou pris d'assaut par l'humidité et la fraîcheur ambientes. De plus, elle doit se dépêcher, elle a rendez-vous dans un parc non loin de là, du moins si elle se souvient bien. Qui doit-elle voir déjà? Cette question est vite chassée par l'apparition d'un haut portail en fer forgé, rongé par le temps qui file et ne s'arrête jamais. Elle sort de sa poche une main aux jointures rougies par le froid et saisit un des barreaux pour se frayer un passage. Un gémissement se fit entendre, réveillant en elle une impression de déjà-vu. L'épais tapis craque sous les talons de ses bottes. Apparaît alors la fontaine, imposante mais si triste sans le jet d'eau qui par beau temps doit soudain jaillir de ses entrailles. Elle s'asseoit alors sur le rebord en pierre et attend... Parfois elle souffle dans ses mains pour leur redonner un semblant de vie, mais elle sait que ses doigts se sont transformés en d'irrémédiables glaçons.

"Anna?"

Décidément, elle ne reconnaît plus rien. Même cette voix lui semble inconnue alors qu'elle appartient à celui qui lui a donné rendez-vous. Cette pointe d'hésitation, cette fébrilité à peine perceptible, ce léger tremblement ne lui sont pas familiers. Elle se lève, se retourne vers cet homme. Elle s'attendait à ce qu'il soit plus grand. Et ses cheveux? Moins négligés, plus "coiffés", moins en bataille. Enfin, plus ou moins quelque chose d'autre. Et ses yeux? Ils ne ressemblaient pas à cet océan paisible qu'il lui semblait se rappeler. Au contraire, la mer avait dû se déchaîner, le regard semblait délavé, lessivé et le blanc était parsemé de nervures rouges qui paraissait s'étendre dans les cernes sombres qui creusaient ce visage. Ce visage qu'elle ne connaît pas. Elle cherche désespérément un indice, un ancien repère auquel se raccrocher pour ne pas s'enfuir en courant et le laisser derrière elle. En vain... Mais elle ne part pas, pas tout de suite car il se met à parler, à parler rapidement. Les mots se bousculent comme si le parc immense et vide était encore trop petit pour contenir tout cet afflux verbal. Et tout ceci est tellement étrange, elle ne saisit que des bribes: "je suis désolé", "reviens", "autre chance", "combattre la routine", "redevenir comme avant". Mais tout sonne creux. Qui est-il? Qui est cet homme si pitoyable, presque à genoux devant elle? Qui est-ce? Elle n'a jamais connu une personne pareille. Non, elle ne reviendra pas, elle ne fera pas machine arrière. Et retourner vers qui de toutes façons? Vers cet être inconnu, avec qui elle n'a jamais rien pu partager s'il a toujours été ainsi, tel qu'il se présente devant elle, dégoulinant de pitié.

"Anna!"

Mais le cri n'est déjà plus qu'un écho, qu'un simple chuchotement que la brise a fait voler jusqu'au portail de fer forgé. Et elle, elle est déjà sortie, en courant. Elle est déjà loin dans la rue des saules, essouflée, les larmes aux yeux. Elle savait qu'elle le reverrait, qu'elle ne pourrait pas le laisser sans lui donner la moindre explication mais pour l'instant elle ne pouvait que fuir. Le fuir lui. Ou plutôt se fuir elle-même, se fuir car la peur grandissait de plus en plus devant cet être qu'elle avait dû connaître, qu'elle avait dû aimer, devant cet homme qui avait dû être autre. Malheureusement cet autre avait disparu dans un brouillard épais qui ne voulait pas se dissiper. Tout lui semblait tellement faux ces temps-ci. Elle ne supportait plus le rire idiot de son père, ni les manières sophistiquées de sa soeur, ni la voix trop réconfortante de sa mère. Ils avaient tous changés! Pourquoi?

Ils avaient tous changés... à moins que ce ne soit elle...

Par Petite fée
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Jeudi 3 août 2006

J'entre dans le salon. Un énorme canapé s'étend au milieu de la pièce, recouvert de coussins moelleux. Quelqu'un a laissé traîner la télécommande sur l'accoudoir, un homme probablement. Une femme l'aurait déjà remise à sa place sur la table basse où repose une tasse de café. Du café frais vu la fumée qui s'en échappe. Mon imperméable beige traîne sur la moquette moelleuse. Quelqu'un a oublié d'éteindre la chaîne hi-fi, un air de jazz s'échappe des hauts parleurs situé aux quatres coins de la pièce. Le seul éclairage provient de la baie-vitrée dénudée de rideaux, la salle étant plongée dans l'obscurité naissante d'une fin d'après-midi d'avril. J'enfile soigneusement mes gants et appuie sur l'interrupteur. La lumière du lustre m'aveugle quelques instants, la pièce me semble s'être métamorphosée sous cette clarté soudaine. Et mon esprit lui aussi paraît s'accorder à cette nouvelle ambiance. Mes idées se font plus précises, s'ordonnent et mon corps, lui aussi, devient plus vif. Mes mouvements s'accélèrent. Je m'approche du canapé et vois enfin la tâche de sang. Elle s'étale sur la moquette beige, j'y plonge un de mes doigts. Il est encore chaud et bien liquide. Le crime a eu lieu récemment. Le sang commence à sécher réellement au bout de deux heures. Pourtant aucun corps. Je suis sûr que c'est encore les nouvelles recrues de la criminelle qui ont enlevé la victime et l'ont déjà apportée au médecin légiste. C'est pas vrai ça, ils sont pas foutus de laisser les lieux en état. Je ne suis pas en mesure de dater l'heure d'un décès certes, mais la position du corps, l'expression du visage se sont des détails importants. Sans parler des indices que l'on peut trouver sur les vêtements, la peau, les ongles, les cheveux. J'étais étonné que la musique soit encore en marche, je me suis dit qu'ils avaient enfin compris les consignes. Ils me laissent Charlie Parker mais ils emportent le cadavre, ces enfoirés! Et forcément il y en a pas un pour au moins me faire une description de la scène. Du moins, il n'est pas dans cette pièce. Il est peut-être en train d'interroger des témoins ou des proches de la victime. Je sais juste que quelqu'un a crié et que c'est ainsi qu'on a découvert le lieu du crime. Je n'ai pas eu plus de renseignements. Plus aucun respect pour un vieil inspecteur comme moi. Allez concentre-toi mon vieux! Je vois un peu plus loin sur la moquette des gouttes de sang qui proviendraient a priori de la table basse. Je sors de ma poche une loupe et examine minutieusement le meuble en bois. En effet, des traces rougeâtres, légères sont visibles. Déjà, dans ma tête, se met en place un scénario. Une bagarre ou une scène de ménage. Le ton qui monte, les paroles qui ne suffisent plus à exprimer la violence, on en vient aux mains et ce qui ne devait jamais arriver, arrive. L'un des deux protagonistes tombe, sa tête heurte le rebord de la table, il tente de se relever mais c'est trop tard, il sent une substance chaude et épaisse s'échapper de son crâne. Il s'effondre ensuite sur le sol, la tête vers le plafond, le sang formant une mare sous sa tête. Tandis que je reviens tout doucement à la réalité, je sens l'odeur du café me chatouiller les narines. J'observe la tasse et remarque une trace de rouge à lèvre sur la porcelaine. Intéressant, on pourra sûrement en tirer quelque chose, des empreintes voire même de l'ADN. Le tout sera de savoir s'il appartient à l'agresseur ou à la défunte. Toutes ces questions m'exaspèrent. Il faut que je trouve le stupide collègue qui a été chargé de garder les lieux pendant que ces copains ont débarassé le plancher (enfin plutôt la moquette). J'espère qu'ils n'ont pas laissé le plus niais sinon je ne vais pas avancer beaucoup dans cette foutue enquête. Ainsi, je décide de m'enfoncer un peu plus loin dans la maison. Je m'engage dans un couloir et j'entends des voix. La trompette qui faisait rage dans le salon avait sans doute étouffé ce bruit de conversation. Le jeunot doit se livrer aux questions de routine. Je passe devant plusieurs portes fermées tout en me rapprochant du lieu de la discussion. Je vois à quelques pas une porte ouverte d'où s'échappe une lumière jauneâtre. Je me poste près de l'embrasure pour écouter en cachette.

" Voyons, Marine, arrête de pleurer. Ce n'est rien. Ca arrive à tout le monde!

- Mais, je suis, ..., je suis tellement désolée, Maman.

- Ca suffit, ma puce. Ce n'est rien, ce n'est que du vernis. La prochaine fois que tu voudras t'amuser à te maquiller comme maman, appelle-moi. Allez sèche tes larmes, on va essayer de lessiver la moquette et on verra bien. Pour l'instant va appeler ton frère Marc, on ne va pas tarder à manger. La dernière fois que je l'ai vu il était dans notre chambre et s'amusait avec l'imper de papa."

Par Petite fée
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Dimanche 13 août 2006

Clara s'était rendue par obligation à cette soirée. Elle n'avait aucune envie d'aller s'enfermer dans ce bar avec ses amis. Mais, comme toujours, elle n'avait pas su dire non et avait donc accepté "pour faire plaisir". Si ses compagnons d'infortune avaient soigné leur tenue, elle n'avait fait aucun effort. Un vieux jean usé, un vulgaire t-shirt noir, sans parler de sa coiffure qui la faisait plutôt ressembler à une sauvageonne qu'à une femme civilisée de sortie. Ainsi, elle ne put s'empêcher de sourire en voyant Laure arborer avec fierté son nouveau haut DG qui était d'ailleurs très assorti à la ceinture de la même marque de Vincent. Celui-ci vantait les mérites de son jean Diesel tandis que Candice ne cessait de répéter : "Elles sont pas magnifiques mes chaussures Prada?". Clara imaginait les commentaires qu'ils feraient sur son compte une fois qu'ils l'auraient déposée chez elle. Certes, l'endroit où ils prenaient un verre était agréable. Musique potable, éclairage rougeâtre, sièges moelleux (c'est important quand on doit s'ennuyer plusieurs heures, au moins les fesses, elles, ne souffrent pas trop). Mais il fallait supporter leur babillage incessant, leur papotage futile. Clara écoutait d'une oreille distraite les remarques sur le mariage de je-ne-sais-quelle-vieille-star avec une jeunette de vingt ans ou sur le dernier clip choc d'une pauvre fille qui ne devait même pas savoir chanter. Voilà, pourquoi elle ne voulait pas venir, jamais ils n'abordaient un sujet susceptible de l'intéresser. Elle ne se risquait pas à parler du dernier livre qu'elle avait lu et qui l'avait fait beaucoup rire. Cet humour, elle le savait, n'aurait probablement aucun effet sur eux. Comme à chaque fois que Clara sombrait dans cet état d'écoute passive avec un sourire niais sur les lèvres et quelques hochements de têtes prodigués avec parcimonie, elle inspecta minutieusement la carte à la recherche d'un dessert qui lui ferait oublier ces instants douloureux. Après avoir passé en revue sorbets, tartes maison, salades de fruits et autres, elle trouva sa victime de la soirée. Celle-ci se situait tout en bas de la liste des desserts comme si les "rédacteurs" de la carte avaient voulu faire durer l'attente jusqu'au bout, avant de déposer la cerise sur le gâteau. Mousse au chocolat blanc. Bien calorique, longue à manger et impossible de parler la bouche pleine de cette subtance sans en asperger tout le monde. Parfait... Elle passa commande tandis que les autres se contentaient d'un cocktail bien alcoolisé qui allait les rendre encore plus superficiels et désespérants. Le serveur déposa devant elle sa bouée de sauvetage. Une coupe magnifique remplie d'un épais nuage blanc parsemé de grappes de groseilles. Sans trop savoir pourquoi, elle s'efforça de manger toute la mousse sans goûter l'une des baies rouges. Elle avalait par petites cuillères pour parler le moins possible. Toutefois, cette longue dégustation finit par prendre fin. Et au fond s"échouaient les grappes de groseilles sur les restes d'écume blanche. Clara avait toujours aimé les groseilles et ce petit goût acidulé inimitable. Ainsi, lorsqu'elle sentit les fruits croquer sous ses dents, le liquide venir chatouiller l'arrière de sa mâchoire et cette petite douleur indescriptible, elle se retrouva projeter un an en arrière. La voilà en nuisette assise en tailleur sur un canapé de cuir noir, regardant une émission débile à la télé. La voilà qui entend la baie vitrée du jardin qui se referme et des bruits dans la cuisine. La voilà qui le voit arriver dans le salon avec son sourire ravageur, ce sourire auquel elle n'a jamais su résister. Et le voilà lui avec un bol dans la main, un bol rempli de groseilles fraîchement cueillies et saupoudrées de sucre. Et la voilà qui l'embrasse avec passion pour le remercier...

"Clara? Encore en plein orgasme culinaire?"

Ses amis la regardaient en riant. Elle n'aurait vraiment pas du venir, sans eux pas besoin de mousse au chocolat blanc, ni de grappes de groseilles sournoises. Ils lui avaient vraiment gâcher sa soirée.

Par Petite fée
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