Bienvenue sur le site de Petite fée, personne follement bizarre qui s'est égarée dans ce monde qui ne doit pas vraiment être fait pour elle. Alors vu que l'ère des technologies modernes a sonné, Petite fée a remplacé sa plume par un clavier pour gribouiller toutes sortes de pensées, et autres petits "textes" qui germent dans son esprit sûrement trop "torturé", enfin à vous de juger....
"Le soleil avait réveillé Bernard. Il s'était levé de son banc avec un violent mal de tête. Sa belle vaillance du matin l'avait quitté. Il se sentait abominablement seul et le coeur tout gonflé de je ne sais quoi de saumâtre qu'il se refusait à appeler de la tristesse, mais qui remplissait de larmes ses yeux. Que faire? et où aller?..."
Impossible de me concentrer aujourd'hui. Encore trop endormie? Ou bien est-ce ces terribles questions qui me font poser ce livre qui accompagne chaque matin mes voyages en train? Cela doit faire à peine deux minutes que la secousse habituelle signalant le départ s'est faite sentir. Je ne connais pas le mal du voyage mais ce matin, rien n'y fait. Le paysage qui défile derrière les vitres est celui d'une campagne encore ensommeillée, recouverte par endroit de ses draps de brume. Et, hormis le passage des wagons, tout est calme. Rien ne vient troubler cette sérénité accablante. Les prés s'étendent à perte de vue, l'horizon entrecoupé par la silhouette des arbres qui se dessine à contre-jour. Tout est plat, seules quelques collines osent dessiner leurs contours dans le lointain, comme honteuses devant cette plaine omniprésente. Oui, tout est plat, tout n'est que platitude comme dans ma vie sauf que la nature, même lisse, même apparemment monotone, reste belle, parfaite, insolente. Oui, finalement ce ne sont que des arbres, ce ne sont que des vaches, ce n'est que de l'herbe... Mais tout est si paisible... Comment faire pour l'être tout autant? Ils ne prêtent presque même pas attention à ce train, ils le regardent seulement passer. Comme moi d'ailleurs, comme moi qui me contente de monter dans celui-ci en sachant que je ferai mieux de le rater, de grimper dans un autre. Pour aller où? Tiens, c'est la même question que se pose Bernard. Pour aller où? Je ne sais pas. Loin, juste loin... Toute cette nature se contente de suivre des yeux cette intrusion humaine si bruyante. Mais, à elle, ça lui suffit pour être ce qu'elle doit être. Moi ça ne me suffit pas, ça ne me suffit plus... Et pourtant, demain encore, je reprendrai ce train et demain j'arriverai lire, lire pour oublier, pour ne plus souffrir. Je ne verrai pas le vert, tout ce vert qui me saute aux yeux et qui crie la jouissance, le bonheur, la naissance. Ce vert qui me rend malade, qui me donne envie de vomir. Non, on ne devrait pas être en été. Moi, je voudrais un matin d'octobre, ou de novembre, quand la pluie bat violemment les fenêtres, qu'on ne voit rien à travers la vitre à part la nature désolée, accablée par les assauts du vent. Là, les arbres ne sont plus aussi fiers, ils n'arborent pas des fleurs épanouies et des feuilles luisantes. Non, les feuilles sont mortes, elles s'envolent, s'effritent, se craquent, agonisantes sous les pieds des passants trop pressés. Et ceux qui me narguent en ce moment avec leur verdure, se ployent, et leurs bras ne touchent plus le ciel, ils tombent à terre. Et même si l'herbe reste verte, le ciel gris l'assombrit tellement qu'elle paraît noire. Je ne veux pas de ce soleil qui parsème le leger brouillard d'étincelles dorées et qui fait briller les gouttes de rosée. Je ne veux pas de ce manteau végétal scintillant. Le paysage, le temps ne pourrait-il pas être en accord avec moi? Pourquoi? Par solidarité, voyons, on en manque tellement. Parce que, s'il pleuvait, je pourrai accuser le mauvais temps de mon air si misérable. Je n'aurai pas à justifier "ma petite mine" au travail. Je serai dégoulinante, ruisselante d'eau. Ma pâleur serait due aux intempéries, à l'automne. Tout le monde souffre à cette période de l'année, c'est bien connu. Mais, en été, non. Tout le monde frime avec le bronzage acquis aux Caraïbes ou à la cabine UV la plus proche. Les jupes dévoilent des jambes parfaites, et les décolletés affichent des poitrines abondantes, comme si tout l'hiver, elles avaient fait et caché des provisions. Sur les étalages, elles rivalisent d'audace pour se vendre au plus offrant. Au fond, je sais bien que même un changement de saison ne me serait pas bénéfique. Parce que celles qui sont si resplendissantes en été n'oublieraient pas leur parapluie dans le coffre de la voiture. Comme le groupe de quatre là-bas. Je suis sûre que ces femmes arrivent toujours au bureau parfaitement maquillées, impeccables. Mon Dieu, ce qu'elles rient fort. Je ne saisis que des bribes de leur conversation et le peu que j'entends ne me semble pas vraiment hilarant. Enfin, je ne dois pas comprendre... Elles doivent tout réussir. Des femmes parfaites toujours désirables, des mères parfaites. Oh non, elles ne sont pas du genre à oublier de mettre un goûter dans le sac d'école de leurs enfants. Elles doivent être professionnelles en travaux manuels. Toujours tout le matériel qu'il faut: papier crépon, perles, colle,... Et à la kermesse de l'école, elles se batteront pour offrir le plus gros lot de la tombola. Pourquoi pas un écran lcd? Ou un home cinéma? Je suis même sûre qu'elles fument mieux que moi. La cigarette, pour elles, c'est un choix, un mode de vie. Même en aspirant des grandes bouffées de fumée, elles doivent rester distinguées, éléguantes. Pas comme moi qui fume juste pour occuper mes mains et non parce que j'aime réellement ça. Fumer pour être un peu moins seule sur le quai de la gare, pour demander du feu histoire d'adresser la parole à quelqu'un au moins une fois dans la journée. Le plus souvent, mes cigarettes sont à peine entamées qu'elles finissent mourantes dans le caniveau. Voilà que le train s'arrête sur la voie, drôle de silence, troublé, souillé par le bruit des bisous des deux autres là-bas. Ok, aimez-vous mais moins fort s'il vous plaît. Juste par respect pour celles qui n'ont plus l'habitude de dégouliner de salive. Pourquoi ce train s'arrête-t-il tous les jours sur la voie? C'est inacceptable. Lui aussi, il veut me rappeler mes hésitations perpétuelles. Et bien bravo, c'est gagné! Au moins, la campagne a disparu et laisse place aux premiers indices de la ville. De vulgaires hangars sont visibles depuis la vitre. Et des tags les recouvrent. Je parie que Mesdames-toujours-parfaites jugent cela comme du vandalisme. Moi je considère cela comme de véritables oeuvres d'art - enfin pas tous - qui sont préférables au gris de la tôle ou à l'intérieur aseptisé de ce train. Certains "graffeurs" sont de véritables artistes. Non, ne nous laissons pas aller à la nostalgie.
"Que faire? Et où aller?...
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