Dimanche 13 août 2006 7 13 08 2006 17:52
J'ai toujours été fascinée par les chaises vides. Ces banals objets éveillent chaque fois en moi une vive émotion. L'autre jour, alors que je me baladais dans un parc, je suis restée plantée devant deux d'entre elles. Elles n'avaient rien d'exceptionnel: c'étaient des chaises pliantes en fer, peintes d'un vert bouteille qui commençait déjà à s'écailler. Elles étaient assez rapprochées l'une de l'autre, faisant face à la fontaine qui jaillissait dans l'air chaud de cet après-midi d'été. Et au lieu de m'installer sur l'une d'entre elles, je me suis assise sur la pelouse qui étaient dans leur dos. Pourquoi? Peut-être par peur de déranger cette subtile harmonie qu'elles semblaient dégager. Pour moi, elles étaient encore chaudes de la présence de leurs anciens occupants. Difficile de savoir qui ils étaient. Mais ils devaient y avoir une certaine complicité entre eux, vu la promiscuité des sièges. Et je ne voulais pas détruire cet équilibre précaire, cet instant unique, un peu magique. Peut-être était-ce un de ces jeunes couples tendrement enlacés, leurs mains toujours liées, ne faisant rien d'autre que de contempler la fontaine, l'horizon, leurs têtes et leurs corps seulement pleins de leur amour naissant. Ou alors un couple de petits vieux venus profiter de l'ombre que projetait le marronier, monsieur plonge dans son journal tandis que madame lit un roman, jetant quelques regards attendrissant aux enfants qui passent en courant. Ou peut-être étaient-ce seulement deux amis, perdus entre ciel et eau, à refaire le monde, oscillant entre réalisme, optimisme, idéalisme et pessimisme. Des discussions sans fin ponctuées d'éclats de rire. Voilà que j'imagine deux mères venues se promener avec leurs enfants. Pour se reposer, elles avaient trouvé ces deux places, bien situées pour surveiller leurs garçons qui faisaient voguer des voiliers miniatures dans la fontaine.C'est un peu bête ce que peuvent susciter en moi deux pauvres chaises abandonnées au milieu de plein d'autres. Si elles disent l'absence, elles inventent des présences qui se bousculent dans ma tête. Finalement il faudrait une file indienne de chaises quand je compte le nombre de fantômes que je réveille. Et dire qu'elles n'ont peut-être même pas étaient occupées, le balayeur des allées les ayant rassemblées sans s'en apercevoir, sans savoir l'effet qu'elles auraient sur moi. Finalement, j'ai quitté mon poste d'observateur, je suis passée tout près de ces deux chaises, hésitant à les frôler et à déranger les dernières âmes qui s'y sont assises. J'ai repris ma promenade, au pas de course cette fois, j'allais être en retard. Malgré ma précipitation, je n'oubliais pas de noter dans un coin de mon esprit qu'il faudrait faire une étude sur les chaises vides et leurs contemporains...
Par Petite fée - Publié dans : poussieredetoile
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