Bienvenue sur le site de Petite fée, personne follement bizarre qui s'est égarée dans ce monde qui ne doit pas vraiment être fait pour elle. Alors vu que l'ère des technologies modernes a sonné, Petite fée a remplacé sa plume par un clavier pour gribouiller toutes sortes de pensées, et autres petits "textes" qui germent dans son esprit sûrement trop "torturé", enfin à vous de juger....
Elle se promène dans une rue qu'elle ne reconnaît plus. Pourtant le nom lui dit bien quelque chose: la rue des saules... Un vague souvenir se ballade peut-être dans sa tête mais il s'enfuit aussi vite que les feuilles mortes emportées au loin par de soudaines rafales. Elle aime l'automne ou plutôt elle aimait l'automne mais aujourd'hui le ciel gris chargé de gros nuages prêts à crever et à répandre leur contenu froid sur son nouvel imperméable la dégoûte. Sans parler du vent qui s'infiltre dans les moindres recoins de son corps. La rue des saules, elle a dû l'aimer auparavant si ses lèvres le murmurent doucement et si ses oreilles ne sont pas totalement étrangères à sa sonorité. Pourtant, les grandes maisons toutes droites, carrées et aux façades de pierre blancheâtre salies par la pollution ne lui plaisent guère. Elles s'élancent comme des monstres à la bouche béante, aux yeux luisants guettant leur proie, se délectant à l'avance du misérable passant qui traînerait un peu trop longtemps dans cette rue. D'ailleurs, la voilà qui presse le pas, remontant d'un geste vif son col pour protéger son cou pris d'assaut par l'humidité et la fraîcheur ambientes. De plus, elle doit se dépêcher, elle a rendez-vous dans un parc non loin de là, du moins si elle se souvient bien. Qui doit-elle voir déjà? Cette question est vite chassée par l'apparition d'un haut portail en fer forgé, rongé par le temps qui file et ne s'arrête jamais. Elle sort de sa poche une main aux jointures rougies par le froid et saisit un des barreaux pour se frayer un passage. Un gémissement se fit entendre, réveillant en elle une impression de déjà-vu. L'épais tapis craque sous les talons de ses bottes. Apparaît alors la fontaine, imposante mais si triste sans le jet d'eau qui par beau temps doit soudain jaillir de ses entrailles. Elle s'asseoit alors sur le rebord en pierre et attend... Parfois elle souffle dans ses mains pour leur redonner un semblant de vie, mais elle sait que ses doigts se sont transformés en d'irrémédiables glaçons.
"Anna?"
Décidément, elle ne reconnaît plus rien. Même cette voix lui semble inconnue alors qu'elle appartient à celui qui lui a donné rendez-vous. Cette pointe d'hésitation, cette fébrilité à peine perceptible, ce léger tremblement ne lui sont pas familiers. Elle se lève, se retourne vers cet homme. Elle s'attendait à ce qu'il soit plus grand. Et ses cheveux? Moins négligés, plus "coiffés", moins en bataille. Enfin, plus ou moins quelque chose d'autre. Et ses yeux? Ils ne ressemblaient pas à cet océan paisible qu'il lui semblait se rappeler. Au contraire, la mer avait dû se déchaîner, le regard semblait délavé, lessivé et le blanc était parsemé de nervures rouges qui paraissait s'étendre dans les cernes sombres qui creusaient ce visage. Ce visage qu'elle ne connaît pas. Elle cherche désespérément un indice, un ancien repère auquel se raccrocher pour ne pas s'enfuir en courant et le laisser derrière elle. En vain... Mais elle ne part pas, pas tout de suite car il se met à parler, à parler rapidement. Les mots se bousculent comme si le parc immense et vide était encore trop petit pour contenir tout cet afflux verbal. Et tout ceci est tellement étrange, elle ne saisit que des bribes: "je suis désolé", "reviens", "autre chance", "combattre la routine", "redevenir comme avant". Mais tout sonne creux. Qui est-il? Qui est cet homme si pitoyable, presque à genoux devant elle? Qui est-ce? Elle n'a jamais connu une personne pareille. Non, elle ne reviendra pas, elle ne fera pas machine arrière. Et retourner vers qui de toutes façons? Vers cet être inconnu, avec qui elle n'a jamais rien pu partager s'il a toujours été ainsi, tel qu'il se présente devant elle, dégoulinant de pitié.
"Anna!"
Mais le cri n'est déjà plus qu'un écho, qu'un simple chuchotement que la brise a fait voler jusqu'au portail de fer forgé. Et elle, elle est déjà sortie, en courant. Elle est déjà loin dans la rue des saules, essouflée, les larmes aux yeux. Elle savait qu'elle le reverrait, qu'elle ne pourrait pas le laisser sans lui donner la moindre explication mais pour l'instant elle ne pouvait que fuir. Le fuir lui. Ou plutôt se fuir elle-même, se fuir car la peur grandissait de plus en plus devant cet être qu'elle avait dû connaître, qu'elle avait dû aimer, devant cet homme qui avait dû être autre. Malheureusement cet autre avait disparu dans un brouillard épais qui ne voulait pas se dissiper. Tout lui semblait tellement faux ces temps-ci. Elle ne supportait plus le rire idiot de son père, ni les manières sophistiquées de sa soeur, ni la voix trop réconfortante de sa mère. Ils avaient tous changés! Pourquoi?
Ils avaient tous changés... à moins que ce ne soit elle...
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